Imaginez-vous... Un an seulement, haute comme trois pommes (et peut-être une quatrième), Kozakura Yemon débarque dans un continent différent. Et qui dit continent différent, dit pays différent, coutumes différentes, et donc forcément, langues différentes ! Enfin... quand on n'est encore qu'une petite bambine de un an tout juste capable de marcher sur ses deux pieds, ça n'a pas trop d'importance.
Passons maintenant six années de la vie de Kozakura. Cheveux noirs coupés au niveau du menton, frange couvrant les sourcils, yeux marrons, peau basanée, petite jupe à carreaux et chemisier blanc, sans oublier la petite mallette Barbie sur laquelle flashent toutes les fillettes de cet âge-là. Alors inutile de préciser la sensation en entrant dans une école primaire, prête (ou pas) à commencer des études de six ans. Parce que la mallette, comme tous les produits du marketing de Barbie, est évidemment rose bonbon. Avec la petite barbie blondasse qui vous fait un gros coucou sur la face avant du cartable et un gros nom rose fluo pailletté.
Maintenant, passons encore six années de la vie de Kozakura. Elle a terminé ses primaires. Elle entre au collège en compagnie de ses deux grands amis de la petite école : Gaia Rossella, une italienne qui n'imagine pas un monde sans la mode et les îles hawaïennes, et Lionel Shogan, 100% belge et fanatique des frites à la sauce tartare. Bref, trois ans à passer dans un collège hyper ennuyeux et dont le titulaire de la première année a une haleine de roquefort à l'ail. Kozakura ne ressemble déjà plus à la fillette à la frange, c'est déjà ça (Et rassurez-vous, plus de mallette Barbie, zen !). En deuxième année au collège, elle fait la connaissance de Seth Hagova, d'origine américaine qui se la joue à cause de cette dernière raison mais qui ne pipe pas un mot d'anglais (ce qu'il se garde bien de dévoiler).
Enfin, voilà la grande histoire (et celle qui nous intéresse) qui commence ! Kozakura est ado, quinze ans, elle est en première année de lycée, toujours avec ses trois amis, Seth, Lionel et Gaia. Sa soeur, Sayuki, ses parents et elle vivent dans un appartement à Bruxelles. Pour l'instant, Kozakura n'a pas de projet pour l'avenir. Ses loisirs sont le théâtre et le violon.
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Le lycée Exupéry était l'un des plus prestigieux établissements scolaires de la capitale. Il comptait quatre étages, un sous-sol, trois locaux multi-média, trente classes assez spacieuses, un secrétariat et deux salles réservées aux professeurs (sans oublier les bureaux de l'économe et du directeur de l'école). En fait... c'était un lycée privé. Mais au contraire de certains lycées privés, celui-ci n'exigeait pas d'uniforme... tant qu'on restait en tenue décente !
Les professeurs d'Exupéry étaient, d'après les élèves, tous de vieux "érudits" sans humour, fans de Beethoven et de Mozart, sérieux et grincheux, et s'habillant comme les grands-parents de Madonna (désormais âgée de 50 ans). D'ailleurs, il y avait plus d'hommes que de femmes parmi les enseignants et la gent féminine d'Exupéry était formée de petites vieilles aux boucles grises et au visage creusé par les rides (Ce qui déplaisait fortement aux garçons). Bref... Pour tous les jeunes du coin, c'était la pire école imaginable... Ce qui n'était pas du tout le cas des parents. Ceux-ci trouvaient même que le fait d'avoir leurs enfants inscrits au lycée Exupéry était une chance pour leur famille. On pouvait s'y inscrire dès l'âge de quinze ans jusqu'à dix-huit ans. Il y avait donc trois niveaux d'études. Mais... comme ça ne vous intéresse sûrement pas, l'histoire d'un lycée pareil, je suppose qu'il faut donc nous concentrer sur la première année d'Exupéry, classe F. Cette classe comptait vingt-quatre élèves (dont Kozakura Yemon et Gaia Rossella).
Mardi 2 février 2008, lycée Exupéry, Bruxelles...
S'il y avait bien un cours que Kozakura trouvait royalement ennuyeux, c'était les sciences. Premièrement, parce qu'elle était nulle dans ce domaine. Deuxièmement, M. Respp, le professeur, postillonnait dès qu'il parlait. Et dernièrement, elle détestait les expériences (étant toujours la "victime"). Le seul point positif, c'était qu'elle était à côté de sa meilleure amie, Gaia. Enfin... disons qu'elle était en face. Ce qui voulait dire que pour parler, elle devait se retourner, ce qui aboutissait forcément à une jolie punition de quelques pages. Et puisque les intercours ne duraient que quelques minutes, c'était mission impossible pendant les cours (Vive les récrés !).
Kozakura était donc assise sur son banc, à côté de Timothy, un crétin qui passait son temps à tripoter ses narines. Et elle dessinait... comme un pied. Alors si vous avez déjà essayé de dessiner avec vos orteils, vous comprendrez vite l'exemple ! Kozakura était en fait occupée à faire une caricature de M. Respp dans la marge d'une feuille de sa farde. La raison pour laquelle elle était nulle en sciences était vraiment très simple à comprendre. Comme elle n'aimait pas, elle n'écoutait jamais. Elle terminait tout juste ce qui devait servir de nez à la tête de son dessin, quand une méchante latte en fer s'abattit sur sa main gauche (Kozakura est gauchère, quoi.). Car voyez-vous, M. Respp avait une certaine attirance pour la méthode "maternelle" comme quand les enfants font des bêtises. Alors, il tapait sur la main du (de la dans ce cas-ci) fautif et au second avertissement, c'était une interro surprise pour toute la classe !
Donc voilà, la pauvre Kozakura prise sur le fait.
-Mademoiselle Yemon, marmonna le professeur, montrez-moi ça ?
La jeune fille déglutit, posa son stylo sur le banc et, d'une main hésitante, tendit la feuille à l'homme. Celui-ci la lui arracha des mains et l'observa avec une expression de marbre.
-M'oui, fit-il. C'est dommage, ça ressemble plus à une poubelle sur pattes qu'à moi. Vous savez ce qui vous attend.
-Euh... non ? répondit Kozakura dans un quasi murmure.
-Ce n'était pas une question. Mais ça ne m'étonne pas que vous l'ignoriez. Retenue. Ca vous dit quelque chose ?
Une personne derrière Kozakura s'agita et abattit sa main droite sur son banc.
-M'sieur ! Vous n'allez pas la coller pour un dessin débile, quand même ! s'exclama Gaia.
-Si vous voulez lui tenir compagnie, il faut le dire tout de suite ! C'est une offre du moment, à prendre où à laisser, mais pas à marchander !
-N... non, soupira Gaia en se rasseyant, le regard fixé sur le sol.
Sans un mot, le professeur se baissa sur le cartable de Kozakura et y plongea la main, retirant le journal de classe de celle-ci.
-Monsieur, demanda-t-elle faiblement. Vous allez me mettre une note ?
-Toutes les retenues sont notées dans le journal, informa le concerné.
Kozakura marmonna dans sa barbe quelques paroles inintelligibles contenant les mots "Merde" et "Bordel". Heureusement pour elle, Respp ne l'entendit pas. Ce dernier baissa lentement les yeux sur la jeune asiatique après avoir sorti un stylo de la poche de sa veste.
-Vous me râlez dessus, mais quand vous aurez un travail et que votre patron vous enguirlandera pour une raison ou une autre, vous serez bien contente de comprendre que le meilleur moyen n'est pas de dessiner celui qui vous énerve avec une tête de poisson.
Sur ce, il nota rapidement quelque chose, referma le journal et le tendit à son élève. Kozakura se renfrogna et croisa les bras, boudeuse. Il n'avait pas tout à fait tort. Prenant son journal, elle le fourra derechef dans son cartable et se tassa sur sa chaise. Ce fut une petite tape sur l'épaule qui la ramena à la réalité. M. Respp était déjà revenu devant le tableau et poursuivait le cours.
-Koza' ! Tu crois que tes parents vont s'énerver pour ta note ? chuchota Gaia.
La concernée faillit se retourner pour répondre face à son interlocutrice, mais celle-ci poussa son index dans son épaule et la fit changer d'avis.
-Ne te retourne pas, chuchota Gaia. Tu pourrais te refaire punir !
Kozakura leva les yeux au ciel.
-Bon, oui, en effet ! Ils vont m'engueuler, c'est clair, se résigna-t-elle.
Elle entendit clairement le soupir agacé de son amie. Là, Kozakura se retourna sans que Gaia n'ait le temps de réagir.
-Quoi ? C'est quoi le problème ?! s'exclama la jeune asiatique.
-Ah, mais, euhh...
Gaia déglutit et leva les yeux. Kozakura se retourna à son tour, leva la tête. M. Respp se tenait devant elle, l'air serein. Mais derrière ce masque tranquille, il était sur le point d'exploser, sûr et certain !